
A
l'origine de Villedieu, un personnage joua un rôle important
dans l'évolution de notre petit pays. Il s'agit de
Jean-Baptiste
DREUX, mieux connu sous le nom de
Monsieur JOHANNES.
Jean-Baptiste DREUX était Picard d'origine. Il naquit le
18 octobre 1771 dans l'Oise. Il ne voulait pas faire partie de la
levée des 300 000 hommes décretée par la Convention.Ses
parents lui conseillèrent alors de partir vers la Bretagne,
ou la Vendée, où l'on combattait pour " la bonne cause
".
Vint-il par terre ou par mer ? Comment put-il échapper aux
sbires de la République ou aux Croisières anglaises
si actives sur nos côtes? Quelqu'un le saura-t-il jamais ?
Toujours est-il qu'il arrive jusqu'à Nantes. Ne se croyant
pas en sûreté, il descend du côté de Vallet.
Puis de ferme en ferme, arrive jusqu'à Gesté où
il reçoit une cordiale hospitalité (comment en serait-il
autrement chez nos charmants voisins ?). Il arrive à "
l'Etang Plaud " dans la famille DUPONT dont l'un des enfants
deviendra plus tard, sur la terre d'Afrique, l'Evêque Roi
des Brigands : son corps repose dans le petit cimetierre de Thilbar,
en Tunisie.
Un incident faillit être tragique pour le jeune picard : des paroles
indiscrètes avaient trahi sa présence et les soldats
de la République vinrent pour le faire comparaître devant le Conseil
de Guerre comme réfractaire. Les enfants DUPONT, voyant partir
celui qu'ils estimaient déjà comme leur frère,
coururent après les gendarmes avec force cris. Ces derniers,
craignant un rassemblement dans un pays qui leur était hostile,
abandonnèrent le captif. Ce dernier, ne voulant pas être un sujet
d'ennui pour cette famille si hospitalière, prit congé
d'elle.
Villedieu l'accueillit et il prit aussitôt
le nom de
JOHANNES pour empêcher toute recherche d'aboutir.
Le père MERAND, menuisier du bourg, lui donna à son
tour l'hospitalité. Une fois son travail du jour terminé,
le jeune homme commença à apprendre à un petit
groupe les rudiments de la langue française. Mais son groupe
s'agrandit et la boutique du père MERAND devint
trop étroite.
Le
vieux château des Chevaliers étant vacant, M. JOHANNES s'y installa sans autre forme de
procès. Cette antique maison, n'ayant plus de maître,
fut adjugée à la Commune. La réputation du
jeune maître dépassa les limites de notre territoire.
On vit venir des élèves de Nantes, Beaupréau,
Vallet, Montrevault, Cholet, Trémentines, Montfaucon et Roussay.
Il plaçait ses élèves dans les maisons de confiance
du bourg car il ne pouvait en garder qu'une vingtaine. Il venait
s'assurer lui-même dans chacune des maisons si ses élèves
étaient respectueux et si on les respectait.
Pour continuer son oeuvre, il instruisit la fille du père
MERAND,
Mademoiselle VICTOIRE, qui devint l'institutrice émérite
des fillettes du bourg.
Il fut d'une aide efficace dans les travaux de traçage des routes.
Aucun travail ne lui était étranger. Après
avoir cultivé l'esprit de ceux qui l'entouraient, il voulait
encore leur procurer le bien-être temporel : assainir le bourg
(les travaux d'assainissement ne datent pas d'aujourd'hui !) ; constituer
la commune ; faire progresser l'industrie locale ; travailler à
la fondation d'une paroisse; tels étaient les sujets qui
l'occupaient.
Aux premières maisons qu'il avait trouvées en arrivant,
venaient s'en ajouter d'autres. On venait se grouper autour de celui
qu'on regardait comme le génie du pays. Grâce à
lui et aux élèves qu'il attirait de loin, les maisons
s'alignèrent et les familles respiraient une aisance relative.
Mais le bourg était humide et boueux, presque impraticable
durant les longs mois d'hiver. Il fallait aller à la messe
à
La Blouère et la grande rue avait
des remous et des passages infranchissables. On y jeta des fagots
pour y passer à pieds secs, puis à l'extrémité
du bourg, il fallait s'engager dans un chemin creux pour arriver
à l'
église de La Blouère.
Ce chemin attira tout d'abord l'attention de M. JOHANNES, il y fit
creuser des fossés et relever le milieu. Il fit aussi amener
des grandes pierres des carrières de
La Blouère et
de
l'Herbaudière et les fit placer le long des maisons pour
permettre aux gens, ainsi qu'aux charrettes et aux animaux, de passer
facilement.
On a quelques sourires lorsqu'on poursuit la lecture de ses mémoires
quand, au tirage au sort des conscrits à Beaupréau,
le Sous-Préfet demandait : " Savez-vous lire et écrire
? ". Les jeunes gens formés par
M. JOHANNES répondaient
invariablement : "Oui". Une fois au régiment, ceux-ci arrivaient
promptement au grade de caporal, sergent, voire sergent fourrier
avec la belle écriture que demande ce premier grade de l'Intendance.
Il y eut même trois capitaines parmi ses élèves
dont le capitaine LEDUC, décoré de la Légion
d'honneur dans les combats sur la terre d'Afrique.
La réputation du jeune maître alla même jusqu'au
Trône de nos rois : Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe
lui envoyèrent leurs royales félicitations. Il reçut deux médailles : l'une de Charles X, médaille
d'Or, l'autre d'Argent de Louis-Philippe. L'Université lui
décerna aussi sa plus haute récompense, en 1818, en
lui envoyant sa médaille d'Argent.
Il rendit l'âme, âgé de près de 80 ans,
le 11 décembre 1845 et fut enterré au cimetière de
Villedieu.
L'une des places de
Villedieu et une rue portent son nom,
rendant ainsi mémoire à l'homme qui fut à l'aube
du développement de notre commune.